Nothing et ambient computing: Les produits tech doivent-ils se faire oublier?

Nothing et ambient computing: Les produits tech doivent-ils se faire oublier?

Je sais, je sais. Le train de la hype autour de Nothing, la nouvelle start-up de l'ex-fondateur de OnePlus Carl Pei, est passé depuis longtemps. Mais l'idée selon laquelle la technologie doit être plus "seemless", plus organique et médiate ma tarabiscotte. Peut-on réellement se passer d'un smartphone en tant que produit physique, par exemple? 

C'est l'un des thèmes les plus récurrents lorsqu'on parle de tech et d'anticipation. Qu'il s'agisse de fictions avec matrices informatiques tactiles à la Iron Man ou Minority Report dans la culture populaire ou de certaines innovations en matière de NFC avec les fameux implants sous-cutanés, la symbiose entre la tech et la "nature" fascine et mêle utopies transhumanistes et dystopies cyberpunk. 

Plus particulièrement, LA grosse tendance que les différents géants de la tech semblent poursuivre est celle de l'ambient computing. Un concept mis en lumière par l'éminent journaliste tech américain, un vrai pas comme moi, Walt Mossberg dans une tribune pour The Verge en 2017.

"Je m'attends à ce que le résultat final de tout ce travail soit que la technologie, l'ordinateur à l'intérieur de toutes ces choses, passe au second plan. Dans certains cas, il peut disparaître complètement, attendant d'être activé par une commande vocale, une personne entrant dans la pièce, un changement dans la chimie du sang, un changement de température, un mouvement. Peut-être même juste une pensée", écrivait Mossberg dans ce billet, juste avant de prendre sa retraite. 

Et j'ai trouvé un écho de cette pensée dans une partie des propos de Carl Pei lorsqu'il parlait, très vaguement, de ce que sa nouvelle société Nothing était censée être et censée produire. 

Des produits tech qui se font de plus en plus discrets

"J'imagine un champ verduré où les gens pique-niquent et où il n'y a pas d'écran, pas d'écran d'ordinateur portable, pas d'écran de smartphone, pas d'écran de smartwatch, pas d'écran de panneau d'affichage", rêve Carl Pei dans son entretien avec The Verge. "C'est un peu l'état final."

L'état final dans lequel la tech, ou du moins les produits tech, seraient invisibles et en retrait. Un état final en opposition ou non avec un état de nature? Et si c'est le cas, quel est donc cet état de nature duquel la tech veut s'extraire pour atteindre cet état final? J'extrapole totalement et cette théorie n'engage que moi, mais je pense que l'état de nature auquel nous sommes encore circonscrits actuellement est celui d'une tech des produits. 

Un marché presque en saturation dans lequel on repète en quelque sorte l'histoire en démultipliant les produits pour répondre à de nouveaux besoins avant de les fusionner. Après la sortie de l'iPhone premier du nom, les Nostradamus de la tech prédisaient que le smartphone allait tout absorber, absolument tout, des lecteurs cassette, puis CD, puis mp3 aux appareils photo en passant par les téléviseurs. 

Tout un écosystème de produits déconnectés entre eux et fonctionnant de manière indépendante réunis dans un seul appareil. Et tout cela s'est en partie produit, évidemment. Je ne vais pas vous refaire l'histoire que tout le monde connaît. Mais la logique marchande et le besoin constant d'étendre puis diversifier son catalogue pour générer des profits a forcé les contructeurs à pondre d'autres produits, créant de nouveaux marchés et de nouveaux besoins. 

Les montres connectées, les écouteurs true wireless, les fitness trackers, les enceintes connectées. L'IoT et l'économie du sans-fil ont connu un nouveau boom qui a mené à un nouveau besoin de recentrer des produits trop nombreux et trop isolés dans un nouvel écosystème. 

Entrent alors en jeu les fameuses stratégies 1 + 4/8 + N de constructeurs comme Huawei ou Realme (mais tous le font en réalité). Des écosystèmes dans lesquels le smartphone est placé au centre (le fameux 1), telle une matrice qui sert de point gravitationnel à tous les autres produits satellites qui en découlent.

realme ecosystem strategy
La stratégie 1+4+N de Realme. / © Realme

Réduire la friction au moment du passage d'un produit à l'autre dans un même écosystème est désormais l'enjeu de taille que tous les constructeurs tentent de tâcler avec plus ou moins de succès. Apple dispose sans conteste d'une avance considérable en la matière sur la plupart de ses concurrents. 

Côté Android, c'est Huawei qui semble le plus tourné vers cette approche universaliste, globalisante de son catalogue de produits et services avec le développement de HarmonyOS, un même système d'exploitation tournant sur toutes ses gammes de produits.

Mais on reste malgré tout sur une tech des produits. Aussi "seemless" que puisse être le passage de mon Samsung Galaxy S21 Ultra à mon PC Portable avec le mode DEX, ou le passage de mon jeu PS4 sur mon moniteur à l'écran de mon smartphone lorsque je vais aux toilettes, je reste tributaire de produits qui ont leurs limites et qui sont invasifs dans mon écosytème à moi. 

Je ne veux pas d'une tech de l'immédiateté et du "rien"

Tout de suite, le nom "Nothing" que Carl Pei a choisi pour sa nouvelle boîte prend un peu plus de sens. Il veut réduire à néant l'écart qui sépare l'utilisateur de l'expérience utilisateur. Supprimer les interfaces, d'abord hardware puis éventuellement logicielles. 

Une doctrine de la tech organique, presque symbiotique dont on est encore à des années lumière. Le smartphone est toujours là, entre vos mains ou à l'étroit dans une poche de votre jean. Le téléviseur est toujours là, juché sur votre meuble au milieu du salon. Vos écouteurs true wireless sont toujours là, coincés dans vos oreilles.

Alors certes on se dirige depuis quelques années vers une digitalisation progressive des services et produits. Le cloud gaming en est l'exemple le plus notable, récemment. Mais cette transition, s'il elle doit avoir lieu, est encore lourdement semée d'embuches. 

Zones blanches, baisse du pouvoir d'achat, principe de précaution scientifique autour de la question des ondes, maintenance logicielle, obsolescence programmée... la liste est longue. Et c'est sans parler des effets secondaires potentiellement néfastes pour les consommateurs. 

L'absence de produit physique induit nécessairement une perte d'emprise de l'acheteur sur ce qu'il devrait pourtant posséder. L'économie de l'abonnement en est un exemple particulièrement frappant. D'autant que la digitalisation est pour l'instant elle même une illusion. Le cloud gaming/computing n'a rien de magique et il faut bel et bien des serveurs physiques et des ordinateurs physiques pour qu'il fonctionne. 

Lire aussi: Comment l'économie de l'abonnement conduit à la mort de la propriété

Loin des yeux, loin du cœur, la tech reste malgré tout une affaire de produits. Et d'ailleurs, j'ai sincèrement du mal à imaginer une technosphère sans produits. Ou en tout cas sans produits visibles. Avoir quelque chose de palpable entre les mains, un bel objet, un objet unique, matérialise l'investissement auquel j'ai consenti en passant à l'achat. 

Je ne veux pas acheter du vent, encore moins un vent dont je ne contrôle pas le sens. Certes, l'évolution de la tech ne va pas s'arrêter juste parce que je veux continuer de revendre mes vieux produits tech sur leboncoin ou parce que je veux continuer de frimer avec mes gadgets bling-bling.

Mais parler d'une ère-post smartphone est totalement irréaliste selon moi, même dans un avenir plus ou moins proche. Aussi superficiel que cela puisse être, je ne peux imaginer me passer d'un produit et de son design. Il me faut une interface physique, ne serait-ce que pour apprécier le produit en tant que tel mais aussi pour pouvoir le maîtriser. 

Ne serait-ce que le fait que Google pousse autant l'agenda de l'Ambient Computing et investisse tant dans ce domaine, particulièrement depuis le Pixel 4, me pousse à être méfiant face aux géants de la tech qui veulent dissimuler leurs produits et services de manière subversive.

Je veux pouvoir poser mon smartphone et l'éteindre. Je veux pouvoir sortir mes écouteurs de mes esgourdes et les ranger sur ma table de nuit. Je ne veux pas d'une tech imperceptible tout en étant omniprésente, comme une vigie insisible dont on oublierait dangereusement la présence alors qu'elle vous fixe en permanence du regard. 

Ouah, serais-je devenu complotiste? Vais-je me mettre à porter un chapeau en aluminium et pourrir les sections commentaires de tous les sites tech lorsqu'ils parlent de 5G? Evidemment que non. Mais j'ai vraiment du mal à voir l'avénement d'une ère post-produit dans l'industrie de la tech. 

Le droit de propriété reste et doit rester une arme pour les consommateurs face à la surmonétisation de nos usages numériques. Garder l'emprise sur un service comme un produit serait quasi-impossible avec l'ambient computing. Pour autant, il est certain que "l'invasivité" des produits tech est déjà un enjeu majeur pour notre industrie. 

Traitez-moi de boomer si cela vous chante, mais dans mon panier à pic-nic, mon smartphone et mon enceinte connectée seront toujours de la partie. 

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8 Commentaires

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  • skyrail depuis 4 semaines Lien du commentaire

    C'est marrant ces allusions à "la tech est partout, mais on ne doit plus la voir".
    Je me creusais la tête à Noël pour offrir un cadeau, une idée qui me trottait dans la tête depuis un an quand je me renseignais pou remplacer une platine vinyle et un ampli pour une veille chaine hifi. Puis je me suis attardé sur les radios au look vintage et les radios internet, mais sans suite, car je trouvais le prix démesuré.
    Plus tard, j'ai cherché comment faire profiter mon système hifi actuel des nouvelles technos, wifi, bluetooth, internet. Et j'ai revu mes usages. Faire comme avant, mais recevoir le signal audio sans fil (avec le bluetooth ou chromecast), diffuser les radio et tv internet (via youtube) vers les enceintes grâce à la fonction cast (chromecast, box tv).
    De cette façon, je peux recevoir des flux audio/tv sans fil sans changer mes habitudes, en combinant le confort audio, le design et les évolutions réseau.
    Dans la voiture, c'est pareil. Pas besoin d'un système moderne à la pointe de la technologie. Il faut juste s'assurer que le dispositif qu'on vient greffer sur le matos a la puissance suffisante pour que ça rame pas.


  • C'est vrai qu'un smarphone, c'est un truc puissant et tellement polyvalent que ça renvoie tellement d'autres choses dans les fonds de tiroir, rien qu'une boussole par exemple, une carte Michelin, un gps, carte bleue, bientôt papiers, scanners, machine à écrire.
    Les reflex de marque en sont arrivés à devoir installer des capteurs de surface 4 x plus grands, les meilleurs photophones ont des capteurs de la taille de nos anciens appareils photos (bridges), d'ou le manque mondial de wafers de 8 pouces (le wafer de 8 pouces, tranche de silicium, n'est traditionnellement utilisé que pour la photo, jamais les processeurs).
    On ne peut plus s'en passer, sauf pour téléphoner un comble.
    Il y a deux mois je cherchais un très bon téléphone pour mon épouse (elle n'est pas geek du tout) les gens passent vous cherchez un bon téléphone pour téléphoner? stupéfiant!
    J'ai pas honte de dire que j'avais sans doute le meilleur smarphone chinois en 2011, mais gardé le blackberry 8700 à molette pour téléphoner et les sms, il a été volé, snif!
    Un mot sur Apple, hier je cherchais à revendre un serveur sun, ne boote pas ce c!, teste un mac lc, pour vérifier l'écran, le truc a 30 ans! après hésitations, un écran plat c'est pas habituel, il boote et envoie le fichier pomme! Apple US kalidad, lol!
    Quid de mes 4 Blackberry de collection? vous avez déjà vu un Blackberry en panne sauf de batterie?


  • Luna depuis 4 semaines Lien du commentaire

    On a vraiment tous le droit de pouvoir poser son smartphone et de l'éteindre, je suis bien d'accord là dessus, car ce qui m'inquiète aussi c'est cette présence invisible qui s'infiltre partout et qui nous surveille en permanence comme dans sa voiture par exemple, comme l'authentification biométrique obligatoire quand son gouvernement possède déjà un exemplaire de tous ses con-citoyens.

    Ce futur obligatoire sans confidentialité, on a rien à y gagner, il ne m'étonne pas en Chine, je n'en veux pas chez moi, mais ce n'est pas la direction que l'on prend , faudrait déjà commencer par remettre sérieusement en cause l'authentification biométrie, elle n'est pas sécurisée, quand unique et au main de son gouvernement, elle ne m'appartient plus !!


    • Ah, Luna et ses paranoïa aigües ! Tout un programme :)
      Encore une fois, ton commentaire est très largement à côté du sujet de l'article, c'est à croire que tu ne comprends même pas ce que tu lis.
      Si tu veux te cacher (toi, tu dois vraiment avoir beaucoup à te reprocher), commence déjà par cesser de polluer le forum. N'as tu pas conscience que, pour qui le veut vraiment, malgré ton pseudo, tu peut être retrouvée très très facilement en quelques clics, et que ton (apparent) anonymat sur internet n'est en fait qu'un mirage ? C'est pourtant simple : plus d'internet, plus de smartphone, un simple téléphone portable, tu déconnectes ton ordinateur, tu te sépares de ta carte bancaire, plus d'achat sur internet, et tu paies tous tes achats en espèces, en pièces uniquement, plus en billet (dont les numéros peuvent être tracés), plus de cartes de fidélité, plus de programmes d'affiliation, plus de cashback, plus de livraisons à à domicile, ni en point retrait, que des achats en magasin et boutique... Ta vie va devenir bien plus compliquée, plus chère aussi, mais ton (toujours relatif, même en appliquant tous ces principes) anonymat (auquel tu sembles tant tenir) est à ce prix. Capito ?
      Si tu veux vraiment être anonyme, tu n'as pas vraiment le choix, en même temps ça nous fera le plus grand bien de ne plus lire tes âneries lénifiantes :)


    • skyrail depuis 4 semaines Lien du commentaire

      Comme c'est drôle, j'écoutais justement la dernière émission de 01 net sur l'avenir de la recharge sans fil (dans les airs).
      https://www.youtube.com/watch?v=TnY91oize8I
      Et il y a cette réflexion qui m'a fait tilt, du commentateur qui disait, en gros, à propos de ces nouvelles technos embarquées dans les voitures, qu'il fallait vraiment se former, compulser la documentation, avant de vraiment pouvoir en tirer parti, que ce n'était pas vraiment intuitif et à la portée d'un conducteur lambda. Le but est pourtant de nous assister pendant la conduite et nous faciliter la vie, nous aider à faire plusieurs choses simultanément en un petit laps de temps.
      C'était un peu ça l'esprit du smartphone au départ.
      ET Apple l'a bien intégré avant de se décider à lancer l'iPad. Je m'en souviens comme si c'était hier. Pas de manuel, prise en main rapide, un système naturel hyper intuitif qui répond à vos besoins et laisse libre cours à votre imagination.
      Puis sont arrivées les tablette Archos, héritières des baladeurs vidéos haut de gamme, super solides, vus comme des produits de luxe. Malheureusement, l'image d'Archos a bien changé et la tablette a fortement contribuer à la dégradation de l'image de la marque.


      • J'en ai eu une, une tablette Archos (8 pouces), offerte avec? 0 l'époque, mon abonnement numéricable (il y a 11 ans, j'étais déjà abonné au câble, j'en étais très content, ça marchait très bien, et ça fut la même chose et j'y suis resté jusqu'à fin 2019 où j'ai tout regroupé sous SFR pour bénéficier d'un réduction sur le regroupement de mes abonnements interne et mobile), et ben elle ne cassai pas 3 pattes à un canard, processeur très lent, très mauvaise autonomie, chauffait très vite, écran et son très mauvais (avant j'avais eu une première tablette chinoise offerte " no name " avec un abonnement à un magasine en 2007, une catastrophe intégrale, 8 Go de stockage donc de quoi installer 3 ou 4 applis en plus de celles incluses à Android, un écran et un son hyper mauvais, elle ne tenait même pas une heure une fois allumée, alors la tablette Archos, au tout début, j'ai trouvé qu'elle était pas mal, mais j'ai vite déchanté) puis j'ai eu une tablette Lenovo de milieu de gamme, 8 pouces, la Tab S8-50 (achetée 160 euros à l'époque, soit à peine plus que la valeur de la tablette Archos si on en Numéricable) et là j'ai vu le gouffre qui les séparait, un bon écran, puissante (mais une autonomie très très moyenne du fait de son processeur Intel Bay-Trail T très gourmand et énergivore), légère, fine, un son d'enfer avec 2 HP puissants et l'application Dolby (Atmos)...
        Il suffisait de se rendre sur les forums et de lire les (très mauvais) avis des possesseurs de tablettes et smartphones Archos et leur déboires (avec le matos, mais aussi le SAV catastrophique) pour comprendre que la très mauvaise réputation était très largement justifiée, hélas. Archos à très longtemps fait n'importe quoi et complètement détruit la très bonne réputation du début en misant sur des produits chinois très bas de gamme rebrandés pour vendre à très bas coût. Archos a fini par comprendre, mais très très très tardivement, beaucoup trop même, le mal était fait, et quasi irréparable...


      • skyrail depuis 4 semaines Lien du commentaire

        Tu as tout dit Emmanuel. Le cours de l'action Archos aujourd'hui: 3 cts. :(


      • Luna depuis 4 semaines Lien du commentaire

        N'empêche que nos voitures sont devenues les pires trackers de tous nos déplacements et de nos conversations alors qu'on ne s'en rend pas compte !!

        “Si vous réfléchissez aux nombres de capteurs présents dans une voiture, le smartphone n'est qu'un jouet à côté. Une voiture a un GPS, un accéléromètre, une caméra. Une voiture va savoir combien vous pesez exactement. La plupart des gens ne réalisent pas ce qui est en train de se passer”,

        https://www.nextpit.fr/forum/813436/les-news-sur-sa-securite#3382365

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