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La folie de la voiture électrique : parions-nous sur le mauvais cheval ?

La folie de la voiture électrique : parions-nous sur le mauvais cheval ?

Scandale des gaz d'échappement, Friday for Future, mesures de limitation du CO², etc. Ces dernières années, un vent nouveau souffle sur les questions climatiques. Nous sommes actuellement en plein milieu d'une vague de remises en question du système actuel. Voilà pourquoi, je pense que nous devrions moins nous concentrer sur les voitures électriques. Cet article explique pourquoi.

Sommaire

Renault a toujours cherché à avoir le sens de la formule. On se souvient de son vieux slogan "changeons de vie, changeons l'automobile" qui fut plus tard remplacé par le grandiloquant "Passion for life" (en anglais dans le texte s'il vous plaît). Quant à Toyota, la marque japonaise affichait fièrement qu'avec elle "Rien n'est impossible". Plus récemment, le slogan "Das Auto" accompagné du logo était la marque de fabrique des publicités Volkswagen. Depuis, le géant de l'automobile allemand a prouvé à quel point il incarnait la voiture, mais la voiture bancale. Le 3 septembre 2015 en effet, la marque a dû avouer qu'elle avait sciemment manipulé les données des émissions des gaz d'échappement devant l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA). La population finit par apprendre la nouvelle que deux semaines plus tard, et seulement parce que l'APE décida de rendre publiques les accusations. Vous connaissez tous le scandale mondial qui s'en est suivi. 

Et maintenant, d'une manière ou d'une autre, tout s'est terminé d'un seul coup. Comme l'a écrit le journal allemand Zeit, les avocats de Volkswagen ont réussi à décrocher un accord à l'amiable. VW devra payer environ 830 millions d'euros. Des cacahuètes quand on pense aux conséquences pour l'image de l'entreprise dans l'opinion publique. Et à juste titre. La seule question que je me pose est la suivante : voulons-nous vraiment que l'industrie automobile soit la salvatrice de nos problèmes climatiques ?

L'industrie automobile a une obligation écologique

En augmentant les limites du CO² émis par les voitures, les politiciens ont certainement donné une bonne (quoique ridiculement petite) impulsion à la lutte pour une conduite automobile plus respectueuse du climat. Depuis cette année, les émissions de CO² des nouvelles voitures ne peuvent être que de 95 g/km du fait d'une modification du seuil toléré. Selon le Verkehrsclub Deutschland (VCD), cela correspond à 3,6 litres de diesel ou de 4,1 litres d'essence. Quant aux émissions, elles devraient diminuer de 37,5 % supplémentaires d'ici 2030. Si les fabricants dépassent ce seuil, ils devront dès lors payer d'importantes pénalités.  

Les constructeurs sont donc obligés d'adapter l'ensemble de leurs gammes de produits. Cet objectif n'est réalisable que s'ils augmentent la part de véhicules électriques ou hybrides mise sur le marché. Le gouvernement fédéral allemand et l'industrie automobile ont dès lors convenu une augmentation de la prime d'achat de voitures électriques, de sorte à ce que les voitures coûtant 40 000 euros au prix catalogue soient subventionnées à hauteur de 6 000 euros au lieu des 4 000 euros actuels. Les primes censées favoriser l'achat de voitures électriques sont coûteuses pour l'Etat et peu lucratives pour les fabricants. En effet, elles ne garantissent pas des bénéfices supplémentaires pour les constructeurs, si tant qu'ils en fassent. Sans ces subventions, les entreprises renonceraient-elles à leurs profits pour mieux préserver l'environnement ? Que c'est drôle...Oh, c'était une question sérieuse ? Laissez-moi vous dire que non, pas vraiment.

Le paradoxe de la borne d'appel : une farce en deux actes

L'essence ou le diesel sont l'équivalent de l'électricité pour un véhicule électrique. Sans électricité, une voiture ne démarre pas. Pour que les voitures écologiques soient rentables, il faut qu'il y ait un nombre correspondant de bornes de recharge. L'industrie automobile a par exemple promis de construire environ 15 000 bornes en Allemagne d'ici 2022. Voyons s'ils mettent cela en oeuvre en suivant les bonnes vieilles méthodes de l'industrie automobile.

La meilleure inconnue du monde : Les 15 000 bornes de recharge

Restons-en aux faits. Une borne de recharge n'est pas bon marché. Un tel système peut coûter à un concessionnaire automobile entre 10 000 et 50 000 euros. Le fait qu'Angela Merkel en ait promis un million d'ici 2030 lors du sommet de l'automobile de l'année dernière  m'a donc bien fait réfléchir. Si l'Etat peut financer l'aéroport de Berlin, il peut certainement gratter suffisamment d'argent du budget fédéral pour mettre en place des projets intéressants. Voilà un bon exemple d'une autre gigantesque promesse. 

L'industrie automobile allemande s'est engagée à aider au développement du réseau de bornes de rechargement. Les constructeurs ont aussi annoncé que l'installation de ces bornes ne rentrait pas dans leur domaine de compétence. En d'autres termes, ils ne sont pas responsables de l'installation. Trois dévouées entreprises ont néanmoins promis d'agir :  BMW, Daimler et bien sûr Volkswagen. Ces trois marques ont en effet promis d'installer 15 000 bornes de recharge. Volkswagen en a fait la promesse publiquement. On marche sur la tête n'est-ce pas ?

En réalité, les fabricants semblent interpréter leur promesse à leur manière. Le 14 février dernier, le président de l'Association allemande des constructeurs automobiles (ZFK), Jürgen Karpinski, a annoncé que la norme contractuelle était que les compagnies devaient "créer à leurs frais de telles installations de chargement, qui vont souvent bien au-delà de leurs propres besoins opérationnels". L'ironie est que les bornes ne devraient pas être construites là où elles sont vraiment utiles aux propriétaires de véhicules. Elles devraient plutôt être installées dans les propres locaux des concessionnaires automobiles. Ces derniers finiront certainement par privilégier leurs propres clients. 

Le prix de l'électricité : personne n'est égal devant le dieu de l'industrie automobile

Honnêtement, qui achèterait une voiture électrique dont le fonctionnement coûte plus cher que celui d'une voiture avec un moteur à essence ? Pour ma part, je ne le ferais probablement pas, même si je me sens concernée par les questions environnementales. 

Jusqu'à la fin du mois de janvier dernier, la recharge était intéressante pour la plupart des propriétaires de véhicules électriques. Un chargement coûtait huit euros. Mais tout cela a changé  lorsque l'opérateur d'électricité IONITY a soudainement modifié ses tarifs le 31 janvier. Le prix est désormais calculé en fonction du kilowatt. Joli coup, hein ? 

Le cœur du problème est le suivant : IONITY est une joint-venture entre Mercedes, BMW, Ford et Volkswagen. Si vous souhaitez payer moins cher, il suffit de signer un contrat correspondant avec l'une de ces marques. Peut-on se souvenir un instant de la déclaration d'intérêt des constructeurs automobiles allemands autour des bornes de rechargement électrique ?  Quelle bandes hypocrites !

Pourquoi donnons-nous tant de pouvoir aux constructeurs automobiles ?

Si l'on passe en revue l'évolution du marché automobile de ces dernières années, on est surpris du degré d'implication de VW dans ce processus. Ce n'est pas que je croyais que l'entreprise allait aider au développement des bornes de rechargement, mais le fait qu'elle soit à nouveau et si vite mêlée à de sombres histoires qui me surprend vraiment. Cette entreprise, croyez-moi, n'a plus honte de rien. Prendre part à de petits arrangements entre amis pour modifier le prix du rechargement sur le dos des consommateurs est tout simplement inacceptable. Ce que je trouve encore pire, c'est le fait que l'on ait autorisé les constructeurs automobiles à exploiter leurs propres stations de recharge. Si cette mesure est ratifiée par les responsables politiques, les marques pourraient fixer librement les tarifs de rechargement. 

Au final, c'est à nous de décider comment nous allons faire face au changement climatique et si nous voulons ou pas donner autant de pouvoir à l'industrie automobile. Ne vous méprenez pas : je suis convaincue qu'avoir sa propre voiture est indispensable lorsque l'on habite un village ou ses environs. Mais en ville ? Je trouve que le Luxembourg, par exemple, applique des politiques publiques tout à fait intéressantes dans ce domaine. Ce pays a été précurseur dans l'instauration de la gratuité des transports publics. Bien évidemment, ce concept ne convient pas à tous les pays principalement parce qu'il est financé par l'argent des contribuables. Mais pourquoi ne pas investir davantage dans les réseaux de transports publics au lieu de donner autant de liberté à l'industrie automobile ? Faire baisser les tarifs des transports en commun est une idée. Il en va de même pour la construction et l'aménagement de pistes cyclables. 

Pensez-vous que l'on a abdiqué devant les lobbys des industriels automobiles ? Laissez-nous votre commentaire.

Source : Tagesschau, Welt, VCD

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12 Commentaires

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  • Une vague de remises en question où une vague remise en question ? De toute façon, tant qu'il y a beaucoup d'argent à gagner, les industriels ne feront rien, ou plutôt le minimum appelé "greenwashing" pour leur image de marque. On le voit bien dans l'article, le peu qui est fait, ils le font payer un maximum.


  • Tom depuis 5 mois Lien du commentaire

    C’est un article assez partial... je vous invite à croiser vos sources pour essayer de vous faire une idée. Par exemple, en réponse à certains des commentaires :
    - Terres rares dans les batteries. Les terres rares ne sont pas rares, et elles sont plutôt bien réparties géographiquement dans la croûte terrestre. Il y en a deux fois plus que de cuivre et trois fois plus que de zinc, par exemple... mais plus important : dans les batteries... il n’y en a pas. Et oui... dans les moteurs électriques, oui, même si pas dans tous (la Zoe n’en a pas par exemple). Mais dans un lève-vitre électrique ou un mixeur, il y en a... au niveau mondial, la plus grosse consommation de terres rares (25%) ce sont les pots catalytiques des voitures et le raffinage du pétrole.
    - centrales nucléaires : une voiture recharge 90% des fois la nuit pendant les heures creuses, au domicile, comme le chauffe-eau. D’ailleurs ça consomme pas plus qu’un chauffe-eau ou un fer à repasser (2000w) en puissance.
    RTE qui gère le réseau électrique français a confirmé que la France pouvait supporter jusque 7 millions de voitures électriques qui chargeraient n’importe quand n’importe comment, sans avoir besoin d’une seule centrale supplémentaire. Et si on pilote la recharge avec un signal tarifaire (comme le chauffe eau la nuit), on monte jusqu’à environ 15 millions. Mieux, le fait de pouvoir gérer cette consommation d’énergie simplifie la production d’électricité puisqu’aujourd’hui on déclenche des centrales thermiques (a charbon) pour pallier à la consommation à la pointe, faute d’outils de pilotages qui peuvent absorber ou rendre de l’énergie au bon moment... comme des voitures électriques qui ne sont que des batteries sur roues.
    Bref - c’est loin d’être blanc bien sûr (le mieux reste de se déplacer avec ses pieds), mais loin d’être noir non plus. Renseignez vous !


  • Le problème de la voiture électrique n'est pas la pollution directe qu'elle génère, de fait sa production et son utilisation au final génère autant de carbonne qu'un véhicule thermique c'est un fait établit, mais cela on pourrait encore vivre avec. Par contre, la pollution indirecte qu'elle génère, c'est à dire la pollution immense des sols et sous sol lié à l'extraction des terres rares nécessaires à la production de lithium, cadnium et autre est 100 fois pire pour le futur que le CO2 d'aujourd'hui. La chine à bien compris ce problème, c'est rendu compte car elle est un très gros producteur de ces métaux rares que son sol et son sous-sol serait pollué pour non pas des décennies mais des siècles par l'extraction de ces minerais. elle fait donc marche arrière et se lance dans la voiture à hydrogène, moins polluante mais plus couteuse car produire l'hydrogène est actuellement polluant et très couteux. mais clairement l'avenir, contrairement à ce que veulent nous faire croire les constructeurs qui veulent écouler leur stock la voiture électrique n'est et ne sera pas l'avenir à moyen terme ni à long terme. Peut-être la solution serait déja que les consommateurs réduisent leur propre utilisation d'un véhicule et réapprennent à marcher un peu.


  • Pas convaincu par les voitures électriques. Peut-être en ville ou pour les courtes distances, et encore. Ce qui implique d'avoir 2 véhicules : 1 pour la ville et 1 pour les longues distances. Imaginez, une famille de 4 personnes, habitant, disant à Lille, qui part en vacances comme tous les ans, disons à Fréjus (1 100 km). Vous voyez le tableau partir en voiture électrique ? Recharger tous les 300 kms pendant 1h, 1h30 voire plus. Combien de temps faut-il pour faire un plein d'essence ou de gas-oil ? 10 minutes max avec un peu d'attente à la pompe. Non ce n'est pas tenable. Et c'est bien beau de promouvoir ce type de voiture, mais cela signifie augmentation de la consommation d'électricité. Si en parallèle, nous avons moins de centrales nucléaires, ça ne va pas le faire. D'autant que j'ai déjà lu ici et là, que recharger un véhicule électrique sur autoroute, coûtera plus cher que faire un plein de carburant. Et à la maison, combien ? Non, éventuellement, l'hydrogène, ou une voiture électrique qui se recharge en roulant, sinon, je ne vois pas. Je reste avec ma 208 diesel, elle est récente et me convient parfaitement.


  • Quand on essaie de croire (ou de nous faire croire...on n'est pas obligé d'être dupe) que ceux qui ont créés les problèmes (sociaux, politiques, économiques, de pollution ou autres) sont les mieux placés pour les résoudre, je m'aperçois qu'il reste ENCORE QUELQUES progrès de compréhension à faire dans nos sociétés dite avancées et éclairées !

    C'est quand que les populations décideront d'ouvrir les yeux ?


    • Dans l'absolu, quelqu'un qui commet une erreur est censé apprendre de cette erreur, ne serait-ce que pour ne plus la répéter. Mais lorsqu'on regarde les actes de nos politiciens depuis des décennies, on a vraiment l'impression qu'il n'apprennent effectivement rien de leurs erreurs passées.

      Quant aux populations, j'ai perdu toute illusion à leur sujet il y a déjà un bon moment.

      "Dieu se rit de ceux qui déplorent les conséquences dont ils chérissent les causes"... Les populations ont ce qu'elles méritent, elles ne cessent de voter pour leurs propres bourreaux, tant pis pour elles et qu'elles ne viennent surtout pas se plaindre.


  • Je ne crois toujours pas aux voitures électriques.
    De mon vivant, je n'en achèterai pas.


  • phil depuis 5 mois Lien du commentaire

    Lorsque que l'on arrivera à comprendre qui faut plusieurs type d'énergie en fonction des déplacement, des lieux, urbain ou campagne, du type de véhicule, utilitaire ou personnel on aura fait un premier pas... parce que là, à moins de vouloir chacun une centrale nucléaire dans son jardin, ça va être compliqué pour les prochaines génération...

    Einstein disait:
    " Il n'existe que deux choses infinies: l'univers et la bêtise humaine.
    Concernant l'univers je n'ai aucune certitude"


    • C'est le point que j'allais évoquer, j'ai lu qu'il faudrait un nombre considérable de centrales nucléaires supplémentaires si nous devions tous passer à l'électrique. Voilà un point que l'article n'évoque pas et qui est pourtant CRUCIAL. Et lorsqu'on sait à quel point en 2020 la France est incapable de terminer une nouvelle centrale nucléaire, on comprend que le tout électrique n'est pas pour demain.

      J'ai la conviction que l'on nous vend du rêve, un rêve probablement inaccessible, pendant que d'autres s'en mettent plein les poches par milliards. Et de toute façon, tant que la technologie des batteries n'aura pas évolué, notamment en termes de capacité mais surtout en vitesse de chargement, je ne croirai pas en cette technologie. Qui aurait envie de patienter 15, 30, 45, 60 minutes, ou plus encore, à une station de recharge, pendant que les autres rechargent leur véhicule ? Il n'y a qu'à regarder la façon dont on s'impatiente déjà aujourd'hui lorsqu'il y a une ou deux voitures devant nous à une station-service, alors que le plein se fait en 2 minutes, pour comprendre que l'impatience sera gigantesque dans le cas de véhicules rechargés électriquement. Et je ne parle même pas du côté soit disant "propre" des véhicules électriques, qui n'ont de "propre" que le nom. Leur conception est encore plus polluante que celle des véhicules thermiques, notamment au niveau des batteries et il faut prendre en compte les nouvelles centrales nucléaires ou thermiques qu'il faudrait construire pour pouvoir recharger tous les véhicules électriques.

      Autre point qu'il conviendrait d'évoquer, disposons-nous de suffisamment de terres rares et de métaux nécessaires à la conception des batteries pour remplacer tous les véhicules thermiques, et cela pour de longues décennies ?

      On pourrait également s'interroger sur la pérennité des stations de recharge qui sont actuellement mises en service et dont la technologie pourrait être amenée à évoluer au fil des découvertes futures. Autant les véhicules thermiques utilisaient tous le même carburant (essence ou diesel), les uns en consommant plus ou moins que les autres, autant avec les véhicules électriques il faudra peut-être changer en partie ou en totalité les bornes de recharge au fil de l'évolution de la technologie. Quid du coût de ces modifications ?

      Bref, c'est un sujet très complexe et qui semble être encore très loin d'être résolu.

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