Instagram: Son algorithme ferait un "chantage à la nudité", selon Mediapart

Instagram: Son algorithme ferait un "chantage à la nudité", selon Mediapart

"State of undress" ou "niveau de nudité", ce critère serait une partie intégrante du score d'engagement calculé par l'algorithme d'Instagram et qui doit décider du sort de votre photo. Selon Mediapart, Instagram favoriserait certains contenus dénudés créant de facto un chantage- ou une prime- implicite à la nudité.

Dans une enquête publiée ce lundi 15 juin, Mediapart s'attaque à un biais supposé de l'algorithme d'Instagram qui favoriserait les photos contenant un certain degré de nudité par rapport à d'autres contenus, moins mis en valeur. Le site s'appuie sur un brevet déposé par deux ingénieurs de Facebook (qui détient Instagram depuis 2012) en 2015 intitulé "Feature-extraction-based image scoring". 

Ainsi, cet indice d'image basé sur l'extraction de caractéristiques permettrait à l'algorithme d'Instagram de calculer le score d'engagement d'un post, son potentiel à susciter de l'intérêt auprès des utilisateurs et d'être partagé par ces derniers. 

La nudité, un critère d'engagement

Dans le corps du texte de ce brevet, il est détaillé que l'API de notation peut extraire certaines "features" d'un contenu multimédia posté sur Instagram comme des objets, des produits, des visages. Mais il peut aussi estimer le genre ou l'éthnicité d'une personne ainsi que le "state of undress" ou "niveau de nudité." 

"L'API peut évaluer le niveau de nudité des personnes sur une image, en détectant des bandes de couleurs spécifiques, identifiées comme des nuances couleurs de peau", indique le document analysé par Mediapart. Le site a interrogé Instagram sur l'utilisation que fait le réseau social de ces niveaux de nudité.

Mais la firme a refusé de répondre à ces questions, se contentant d'expliquer à Mediapart qu'elle "organise les posts dans les newsfeeds en fonction des comptes suivis et appréciés, pas en fonction de critères arbitraires comme la présence d’un maillot de bain."

On pourrait aussi se faire l'avocat du diable et considérer qu'Instagram emploie ces métadonées sur la nudité dans un post pour détecter et supprimer les contenus pornographiques, le revenge-porn, ou simplement les posts trop explicites comme il a pu le faire, très maladroitement, par le passé. Mais alors pourquoi retrouver la mention de "niveau de nudité" dans les critères listés pour calculer l'indice d'engagement d'un post? 

Un chantage implicite à la nudité pour percer sur Instagram? 

Face au blocage d'Instagram, Mediapart a tenté de pousser son raisonnement en opérant une "rétro-ingénérie" de l'algorithme à plus petite échelle. 

Avec le soutien financier de l’European Data Journalism Network et Algorithm Watch, la statisticienne Kira Schacht et le développeur Édouard Richard, Mediapart a analysé 1737 publications contenant 2400 images postées sur Instagram entre février et mai 2020, et calculé leur taux d’exposition.

Mediapart a demandé à 26 volontaires d’installer une extension sur leur navigateur et de suivre une sélection de 37 personnes (dont 14 hommes), issues de 12 pays différents. Sur les 2400 photos analysées entre février et mai, 362, soit 21%, représentaient des corps dénudés. Pourtant, ces photos représentaient 30% de la masse totale des photos montrées.

Je vous invite à consulter l'article de Mediapart pour visualiser cette tendance grâce à leur infographie que je n'ai pas reproduite ici. Le détail des résultats de leur étude est consultable librement ici. Mais concrètement, cela veut dire que bien que le contenu "dénudé" était minoritaire dans l'échantillon soumis au panel de volontaires, l'algorithme d'Instagram l'a davantage mis en avant sur les timeline des utilisateurs. 

L'enquête de Mediapart n'est pas exempte de lacunes. Les témoignages d'infleuceurs et influenceuses cités en début d'article sont anonymisés et ne constituent absolument pas de preuve tangible. L'étude menée par Mediapart que je viens d'évoquer est elle aussi, du propre aveu du site, imparfaite car il faudrait la conduire à plus grande échelle. 

Les résultats de Mediapart permettent toutefois d’affirmer qu’une photo de femme en sous-vêtement ou maillot de bain est montrée 1,6 fois plus qu’une photo d’elle habillée. Pour un homme, ce taux est de 1,3. Si on ne peut pas parler d'un chantage, on peut au moins s'interroger de la position très paradoxale qu'ont les plateformes comme Instagram, mais aussi Youtube et Twitch, sur la nudité.

C'est à la fois un danger pour les annonceurs frileux d'acheter de l'espace pub face à ces contenus dits sensibles mais aussi un élément essentiel de l'engagement de l'audience et donc des revenus de la plateforme et de ses influenceurs "partenaires".  

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15 Commentaires

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  • Dans les années 70, il y avait une rengaine, déjà d'actualité... une source d'inspiration pour Instagram?
    Tout nu et tout bronzé
    On prend le temps de rêver
    On ne pense plus
    Au métro ni au bureau


  • phil depuis 4 mois Lien du commentaire

    Le Q fait tourné le monde depuis toujours, ce n'est pas maintenant que ça va s'arrêter avec les réseaux sociaux...

    Ils sont un peu frustré chez Mediapart ?


  • Luna depuis 4 mois Lien du commentaire

    Que c'est comique, mais pas moins que les commentaires "des victimes "...Oups des clients 😁


  • Personne ne force personne à se dénuder, accuser en permanence les réseaux sociaux de tous les maux revient à tirer sur une ambulance, c'est facile. C'est triste, mais si certains sont idiots au point de se laisser influencer par ce genre de choses, tant pis pour eux.


    • Si t'es "influenceur" et que la quasi-totalité de tes revenus ou ton auto-entreprise dépend de ta visibilité sur Instagram, tu es de facto forcé de suivre le cours imposé par les algorithmes.

      Les algo ne sont pas neutres, c'est pas une "main invisible" qui s'autorégule, ils sont le produit d'interventions humaines, biaisées et motivées par un intérêt financier.

      Donc non, Instagram ne te met pas un flingue sur la tempe pour que tu te mettes nu. Mais si tu ne le fais pas, tu seras moins mis en avant que les autres. C'est la tyrannie de la majorité.


      • nas depuis 4 mois Lien du commentaire

        c'est comme en boîte de nuit, si tous les mecs sont sur les meufs quasi nue, les autres femmes vont avoir tendance à copier ses femmes... enfin si je comprends bien


      • Pas forcément, mais dans une certaine mesure si les utilsateurs Instagram veulent des nudes, Instagram a tout intérêt à leur donner, oui. Il y a ce même débat sur Twitch, avec des streameuses qui sentent une certaine pression à s'habiller "sexy" pour attirer un public majoritairement masculin, au risque de tomber dans les oubliettes si elles ne jouent pas le jeu faute d'avoir assez de viewers.


      • @ Antoine Engels

        Chacun peut espérer une "autre vie" que d'être influenceur(euse) sur Instagram, je veux dire quelque chose de plus enrichissant intellectuellement et moralement mais ce n'est qu'un avis (modeste ou pas) d'un vieux de la vieille qui a vécu à une période plus ouverte, il n'y a pas si longtemps...
        Je ne nie pas la logique d'Instagram, je crois qu'il possible et voire souhaitable d'y échapper, c'est différent.


      • @ nas

        Logique aussi imparable que perverse, je comprends ton raisonnement.


      • Être influenceur(euse), c'est pas moins enrichissant intellectuellement et moralement qu'être un représentant VRP qui faiit du porte à porte pour vendre de la camelote à domicile....Quand tu étais jeune, il y avait déjà des tas de gens qui faisaient des boulots peu glorieux. Je n'ai cité qu'un exemple, mais la liste est longue. Le "c'était mieux avant" ne tient pas forcément quand on active sa mémoire....


      • Ni même que journaliste. Il y a influenceur et influenceur. Certains créateurs de contenu, ultra-dépendants des réseaux sociaux pour exister, produisent des trucs vachement bien. C'est comme pour tout, même pour les médias, il y a du bon et du mauvais. Mais on existe tous sur le web, et notre audience et notre capacité à la capter est malheureusement trop tributaire d'algorithmes d'entreprises privées.


      • @ Pardayec

        Je ne dis pas, c'était mieux avant (cela pouvait en effet être exécrable) mais le ou la VRP entrait en contact direct avec le client.
        Sur un réseau, il existe ce côté impersonnel qui éloigne du réel et qui éloigne de toute humanité, de toutes possibilités d'échanges fructueux, humains.
        Et pour aller dans ton sens, j'ai connu des "mon z'ami" qui vendaient des tapis dans des conditions infâmes.
        "L'âge d'or", ça n'a jamais existé effectivement.


      • @nas C'est exactement ça: cF Clara M, Bella, Emily and co 🤩


    • @ Jerome69Paris

      Personne, non mais ce système qui joue de la perversité possible énormément.
      M. McLuhan disait en 1964 : "c'est le médium qui fait le message", belle illustration !


  • Tant que "l'exposition" à la bêtise n'est pas remise en cause, les choses continueront "d'aller bien" 😜
    ... business as usual !

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