IFA 2020: Huawei se rappelle au bon souvenir de l'Europe

IFA 2020: Huawei se rappelle au bon souvenir de l'Europe

"Take a stand" ou prendre position, donner de la voix. Pour l'IFA 2020, Huawei a pris l'expression anglophone au pied de la lettre. Le géant chinois était l'un des seuls constructeurs mobiles majeurs à être physiquement présent avec un stand sur le salon de la tech à Berlin. Une manière de se rappeler au bon souvenir de l'Europe, même sans aucune nouveauté à annoncer.

Cette édition de l'IFA 2020, rongée par les mesures de restriction sanitaires liées à la Covid-19, était assez triste, il faut l'avouer. Mais dans l'un des deux seuls Halls accueillant les quelques stands des rares marques ne s'étant désistées, le stand de Huawei trônait comme un phare dans l'obscurité, ou alors comme un leurre? 

Entre deux trois officines de TP-Link, Fitbit et de la marque de sextoys Satisfyer, le stand de Huawei était véritablement le seul à rappeler l'IFA du monde d'avant. Un brin de normalité d'autant plus étrange que le constructeur n'avait aucun nouveau produit ni service à présenter.

Mais alors pourquoi louer une centaine de mètres carrés, installer une dizaine de tables et autant d'hôtes et hôtesses pour présenter du réchauffé à une poignée de journalistes? 

Montrer son engagement en Europe

C-O-M-M-I-T-M-E-N-T. Engagement, c'est le mot clé martelé par Walter Ji, le PDG de Huawei Europe. "Plutôt que de vous lister les détails de nos nouveaux produits, je voudrais vous raconter la véritable histoire de Huawei en Europe."

Une transparence dont j'aurais bien aimé voir Huawei faire preuve lors de l'IFA 2019 l'an passé, alors que je participais à son voyage de presse et que la firme communiquait de façon très laconique voire contradictoire sur les effets de l'embargo américain.

Mais mieux vaut tard que jamais. Huawei a donc tenu à raconter sa version des faits, à faire son bilan de ses activités en Europe, de ce qu'il a apporté à ce marché et ses consommateurs.

C'est certain, face au recul de ses ventes outre-Chine (-35% au Q1 2020), Huawei voit évidemment l'Europe comme un marché-clé afin de ne pas être totalement dépendant de son marché domestique (72% de ses ventes au Q1 2020), où il reste ultra dominant.

ifa 2020 huawei commitment
"ENGAGEMENT" - Un extrait de la conférence de Walter Ji à l'IFA 2020. / © Huawei

Son engagement, mais aussi et surtout ses investissements

Commitment signigie engagement, mais aussi investissement. On parle d'une entreprise, de profits, de coûts et de résultats, je vous le rappelle.

"Peu savent à quel point nous sommes engagés et investis dans la réussite future de l'Europe", reprend alors Walter Ji. Le dirigeant de Huawei passe alors les 30 prochaines minutes que dure cette keynote numérique à dresser l'inventaire des bienfaits de sa firme pour le Vieux Continent.

Walter Ji rappelle, par exemple, que c'est Huawei qui en Italie, pays européen le plus touché au début de la crise sanitaire, a permis l'échange d'informations et de ressources entre les hôpitaux, les médecins italiens et leurs équivalents chinois grâce à sa technologie et sa plateforme de collaboration en cloud Welink.

Une Italie "ingrate" qui a par la suite, par le biais de son principal opérateur privé Telecom Italia (TIM), exclu Huawei d'un appel d'offres pour des réseaux 5G en Italie et au Brésil en juillet dernier.

On enchaîne avec le 1+8+N, le nom que Huawei a donné à sa stratégie 5G et tout l'écosystème de produits, services et infrastructures qui tournent autour. "Tout cela a été rendu possible grâce à un investissement de plus de 82 milliards de dollars en R&D ces dix dernières années."

Se targuant d'être le cinquième plus gros investisseur en R&D au monde, Huawei rappelle alors le bilan de son AppGallery. 460 millions d'utilisateurs actifs par mois, dont 33 millions en Europe qui utilisent Petal Search, le fleuron de son store d'applications exécuté par des moteurs de recherche... européens comme Qwant et Yandex (Russie).

Tout ça, évidemment, pour permettre aux consommateurs européens de Huawei de continuer à profiter des produits Huawei malgré l'absence des services Google.

Mais il n'y a pas que pour ses clients que Huawei déplace des montagnes d'investissements en Europe. La firme rappelle à quel point elle contribue à l'économie de l'UE en finançant des start-up et entreprises européennes. Des "jeunes pouces" comme Jodel, cette start-up allemande à l'origine d'une app de messagerie géolocalisée. 

Son fondateur, Alession Avellan Borgmeyer, loue alors la facilité et la rapidité du processus d'intégration de leur app Android et iOS aux services HMS Core de Huawei. 

"Nous sommes bien plus européens que la plupart ne l'imaginent"

Selon Walter Ji, Huawei fait partie intégrante de la réussite et la croissance en Europe. Selon lui, la firme emploie plus de 11.000 personnes sur tout le continent et y a installé deux de ses sièges, en Pologne et en Allemagne tout comme 23 centres de recherche.

Son programme de recherche représenterait d'ailleurs plus d'un milliard de dollars d'investissement depuis 2010 avec l'implication d'une centaine d'universités européennes qui auraient donc été financées par Huawei. En tout et pour tout, le géant chinois assure avoir créé environ 223.000 emplois en Europe en 2019, une étude indépendante à l'appui que je n'ai malheureusement pas pu trouver.

Et ce n'est pas fini. Walter Ji annonce l'ouverture prochaine de 50 nouvelles boutiques physiques à travers l'Europe en Espagne, France (un flagship store a été ouvert à Paris en mars dernier, Belgique, Italie, Allemagne et au Royaume-Uni. 8 flagship stores et 42 "experience stores."

Une présence commerciale qui emploiera des centaines d'européens et européennes supplémentaires, selon Huawei, ce qui jouera sur l'attractivité des villes dans lesquelles la firme s'implantera. Qui a besoin du plan de relance de Jean Castex quand on a Huawei? 

Mais tout ça, ce n'est rien. Ce que veut vraiment Huawei, c'est rassurer ses clients. Les rassurer que ses produits sont fiables, sécurisés et respectueux de leur vie privée. Bref, Huawei veut en finir avec l'amalgame de l'espionnage auquel on l'associe trop facilement et sans, pour l'instant, preuves tangibles et judiciairement établies.

"Nous préférerions fermer Huawei plutôt que de faire quoi que ce soit qui puisse nuire aux intérêts de nos clients pour notre profit", promet Huawei avant de lister des organismes et autorités de régulation européens tiers chargés concrétiser cette patte blanche ainsi montrée.

Des mots forts et un engagement béton qui contrastent avec la fébrilité de ce que Huawei avait véritablement à offrir pendant cet IFA 2020.

Les mains vides mais le cœur plein d'espoir: un rendez-vous manqué?

Eh oui, parce que c'est bien beau tous ces engagements. Et je le pense! Je sors un instant de mon cynisme forcé nécessaire à l'écriture de ce billet d'opinion pour reconnaître la prise de position forte de Huawei. 

C'est tout de même osé d'installer un stand à l'IFA alors que tous ses concurrents comme Samsung ont déserté le salon de Berlin. Et c'est encore plus osé de dépenser des milles et des cents pour une installation fermée au public et sans avoir de nouveaux produits à présenter. 

C'est un coup de force de la part de Huawei, mais un coup de comm' également. Il ne faut pas l'oublier. Car derrière cette déclaration d'intention tout à fait louable et à laquelle j'ai sincèrement envie de croire, il reste que le constructeur est tout de même arrivé les mains vides. 

Aucune nouvelle annonce. Pas de smartphone alors que la pérénnité de la division hardware de Huawei reste incertaine face à l'embargo qui s'intensifie. Pas d'information sur les futurs Mate 40. Pas de nouvelles applications majeures sur l'AppGallery, non plus.

Huawei aurait gardé toutes ses cartouches pour sa conférence dédiée aux développeurs, la HDC (Huawei Developper Conference). Il y dévoilera de nouveaux produits à partir du 10 septembre prochain. Ce pourrait donc être un choix totalement délibéré de Huawei de simplement faire son coup d'éclat à l'IFA 2020. Nous raffraîchir la mémoire avant de reprendre le cours de ses affaires à domicile, dans un environnement qu'il contrôle.

Mais c'est à se demander si Huawei n'a pas misé sur le mauvais cheval en choisissant l'IFA 2020 comme tribune pour son sursaut d'honneur et défendre son bilan en Europe, et surtout sans avoir de quoi appuyer ses propos aussi pleins d'espoir et d'assurance qu'ils soient.

Mais je ne vais pas me risquer à jouer les Nostradamus de la tech. Même sans avoir rien de nouveau à dire, Huawei a réussi à faire parler de lui. Cet article en est la preuve. Ne reste plus qu'à voir comment la firme va concrétiser ses ambitions clairement affichées, afin d'enfin entrer dans cette fameuse nouvelle normalité, son monde d'après, d'après Google.

À lire également sur NextPit France: 

Derniers Articles sur NextPit

Recommandé par NextPit

2 Commentaires

Ecrire un nouveau commentaire :
Tous les changements seront sauvegardés. Aucun brouillon n'est enregistré pendant l'édition
Ecrire un nouveau commentaire :
Tous les changements seront sauvegardés. Aucun brouillon n'est enregistré pendant l'édition

  • Pirlo01 depuis 2 semaines Lien du commentaire

    Huawei c'est finie pour l'Europe ! Et il y a surement une raison valable pour que Huawei soit bannie des états Unis et en grande partie en Europe notamment dans l'infrastructure 5G et les smartphones les consommateurs s'en éloigne étant donné qu'il n'y a plus les services Google , ciao Bella


  • Luna depuis 2 semaines Lien du commentaire

    C'est un discours qui pique au vue des antennes 5G que l'on retire par force chez Bouygues et c'est un discours qui dérange quand plus de 120 applications chinoises dont PUGB et TikTok ont été interdites en Inde hier, demain en France au vue du nombre d'antenne que l'on est entrain de supprimer comme des voleurs, de contrat que l'on est entrain à renégocier en courant sous les menaces de Trump.
    l'Europe est dans une situation bâtarde où elle ne décide plus librement de ce qu'elle fera demain, ce discours n'était pas agréable à attendre, il avait le goût de notre impuissance.