Dans ce billet d’humeur, je ne vais pas m’ériger en professeur et faire mine de vous apprendre la vie sur les NFT ou le Bitcoin après avoir fait deux-trois recherches Google. Mais je vais tenter de vous expliquer pourquoi j’essaie de rattraper mon retard sur certains phénomènes comme les NFT, les cryptomonnaies, les métavers et… TikTok. Oui, TikTok. T-I-K…T-O-K!!! 

On arrive à la fin de l’année, j’arrive à la fin de ma vingtaine et j’avoue que les Dogecoin et les jetons non fongibles, ça ne me parle pas du tout. J’ai même un peu honte de l’avouer en fait. Après tout, je suis journaliste tech et censé être absolument omniscient sur tout ce qui a trait à la technologie, n’est-ce pas?

Mais au lieu de ça, j’ai l’impression d’être de plus en plus largué, de louper tout un pan socio-culturel, des opportunités et de m’enfermer dans ma niche très smartphone, très hardware. Bref, j’ai l’impression de devenir un boomer.

ben boomer
Mon collègue Ben partage aussi ce sentiment d’être à la ramasse parfois. / © NextPit Source de l'image : NextPit

Mon a priori: Les NFTs, les crypto et TikTok, c’est l’économie de la hype à son apogée

Qu’est-ce que j’entends par cet énième anglicisme à la noix? L’économie de la hype à mes yeux, c’est le fait de gonfler artificiellement la valeur de son produit ou son service en l’associant davantage à des émotions qu’à des éléments plus tangibles comme la qualité de fabrication par exemple. 

En jouant sur les émotions, notamment la peur de rater quelque-chose ou de ne pas être à la page (FOMO, « fear of missing out », en anglais), on amplifie la demande pour son produit ou son service, censés remédier à cette peur. Ajoutez à cela un effet de rareté avec des éditions limitées et la création de codes, de blagues et autres mèmes que seuls « ceux qui savent » peuvent comprendre, et on a la recette parfaite du produit hypé. 

Ce n’est pas un phénomène ultra nouveau ni exclusif à l’industrie de la tech ou au marché des NTIC. Prenez Nike qui vend ses baskets en quantité volontairement limitée et par tirage au sort pour qu’elles soient ensuite revendues dix fois plus cher sur StockX. C’est le même principe que Clubhouse qui se la jouait salon privé 3.0 avec son système d’invitations restreintes.

Le dernier exemple le plus frappant pour moi, c’est Carl Pei qui se rêve en Anthony Hopkins dans Westworld à philosopher sur l’ambient computing tout ça pour sortir des écouteurs true wireless, de qualité certes, mais très classiques avec les Nothing Ear (1). Je vous assomme de ces paragraphes explicatifs pour vous illustrer la vision que j’avais des NFTs, de la crypto et tous ces « trucs de zoomer. »

  • Un cours de rattrapage sur ce que sont les NFT par le Wall Street Journal (anglais):
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Des bulles qui allaient éclater

Je me disais par exemple que la plupart des cryptomonnaies qui ne sont pas le Bitcoin ou l’Ethereum n’étaient que des pyramides de Ponzi ne demandant qu’à s’effondrer. Et qu’elles n’étaient entretenues que par une hype, celles des nouveaux acheteurs ne faisant qu’enfler la valeur des portefeuilles de ceux qui ont acheté avant eux et rien d’autre.

Pareil pour les NFTs, ces titres de propriété sur des « objets » virtuels qui, à mes yeux profanes, consistaient simplement à montrer à quel point on est riche puisqu’on peut dépenser des millions pour un PNG que n’importe qui peut copier ou télécharger gratuitement. On parle de « fuck you money » en anglais, quand on a tellement d’argent qu’on peut littéralement envoyer balader tout le monde. Mais pour moi, cela revenait à payer pour donner son nom à une étoile. Autrement dit, je trouvais ça totalement débile.

Et que dire de TikTok. Son algorithme est conçu pour vous donner l’impression d’être une célébrité avec un nombre de vues moyen sur les vidéos totalement disproportionné par rapport à ce qui se fait sur Youtube, par exemple. Ou encore Facebook devenu Meta qui pense avoir réinventé la roue et semble avoir oublié l’existence de Second Life il y a des années ou de VR Chat plus récemment.

Bref, beaucoup de hype mais pas grand chose de concret. Je voyais ces tendances simplement comme des mèmes. Quelque chose à la mode qu’une bande d’early adopters et leurs suiveurs entretiennent pour nourrir leur sentiment d’appartenance et attirer de nouveaux venus alias de nouveaux acheteurs potentiels en gonflant faussement la valeur de leurs actifs.

nft more sellers than buyers 1
Il y avait plus de vendeurs que d’acheteurs de NFT au Q2 2021. / © NonFungible.com Source de l'image : nonfungible.com

Ce que j’ai appris en jouant les avocats du diable

On en vient au cœur de cet article, la partie où je me détache de force de mes préjugés si confortables et tente de comprendre, non pas ces nouveaux concepts eux-mêmes, mais leur intérêt. Parce que quand on est face à quelque chose d’excluant, qui se veut l’apanage d’une poignée de connaisseurs, ça ne donne pas forcément envie d’être ouvert d’esprit.

Mais finalement, je me dis que la hype n’est pas foncièrement bonne ni mauvaise, tout dépend de ce qu’on en fait. Prenons les cryptomonnaies par exemple. Oui, le marché a vu naître une multitude de cryptos alternatives. Et la plupart se sont avérées être des arnaques ou a minima de pures bulles spéculatives créées pour s’enrichir sur le dos des autres. À tel point qu’on parle littéralement de « shitcoins« .

Mais parmi elles, le Dogecoin, une cryptomonnaie partie d’une simple blague et devenue un mème à l’échelle mondiale a tout de même permis à des profanes et surtout, des gens « normaux » totalement lambda de s’intéresser aux cryptos en tant que produit culturel et non plus simplement financier.

On voit désormais des gens participer aux marchés financiers comme une forme de consommation, pour le divertissement et l’expérience d’une communauté tout autant que pour l’investissement en lui-même. Et ces « actifs culturels » sont forcément beaucoup plus volatiles puisque tributaires de la communauté qui les font vivre, tant que la blague continue d’être drôle.

Mais dans une économie qui se veut de plus en plus digitale et ouverte, les blagues font bouger les marchés. Le feuilleton des actions GameStop aux US nous l’a bien montré, bien que le succès n’ait été que de courte durée.

  • L’affaire GameStop simplifiée en 5 minutes par Konbini (français):
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Into the NFTaverse

Et quoi de mieux pour illustrer cette dimension culturelle de nouveaux actifs digitaux que les NFT. Là aussi, on peut s’alarmer de la volatilité du marché, de la disproportion entre le nombre de vendeurs et d’acheteurs et l’envolée des prix poussant certains créateurs de NFT à filer en douce avec leur pactole de cryptos. Et on peut aussi rester perplexe face à l’absurdité du concept de posséder un bien non matériel et que n’importe qui peut reproduire pratiquement à l’identique, quand bien même on serait le seul à avoir l’original.

Mais je me dis que réinstaurer une sorte de droit de propriété sur des biens culturels digitaux n’est pas une si mauvaise idée à l’ère du dématérialisé. On a perdu tant d’emprise sur les jeux ou les musiques qu’on achète et dont on ne peut même pas disposer librement. J’aimerais bien acheter un élément d’un jeu vidéo qui m’a marqué avant que ce dernier ne soit plus commercialisé et que l’éditeur le retire même des boutiques dématérialisées (une vidéo très intéressante à ce sujet sur le jeu Driver: San Francisco). 

Évidemment, il ne faut pas être naïf et ce n’est pas par hasard qu’Ubisoft, l’un des éditeurs/développeurs de jeux vidéo les plus cupides de l’industrie se soit lancé dans le blockchain gaming avec des NFT associés à des éléments in-game. Mais imaginez si un développeur pousse le délire un peu plus loin. Que vous puissiez acheter un personnage par exemple qui serait unique dans le jeu et que vous puissiez faire progresser ledit personnage en jouant au jeu et débloquer des améliorations, etc. Un NFT évolutif quoi et qui sert véritablement à quelque-chose. 

C’est déjà plus intéressant que d’acheter un vinyl, un paire de pompes ou même une figurine collector qu’on ne sortira jamais de leurs boîtes et qui vont prendre la poussière dans une armoire. Le jeu Blankos Block Party de Mhthical Games présenté à l’E3 2021 en est une des premières tentatives et je trouve le concept fascinant. 

  • La vidéo de présentation du jeu Blankos Block Party (anglais):
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Et cette perspective prend encore plus de sens quand on l’envisage dans le cadre d’un métavers. La valeur d’un bien ou son utilité sont généralement des corolaires. Mais l’écart entre les deux peut être plus ou moins large selon la perception qu’on en a. Un parapluie a la même utilité qu’il pleuve des cordes ou en plein désert et remplit la même fonction, il n’aura cependant pas la même valeur. 

C’est pareil pour les NFT. Si vous ne touchez pas aux réseaux sociaux ni aux jeux vidéo en général et que vos interactions sociales sont essentiellement physiques, posséder un objet virtuel a peu d’importance. Mais si vous investissez une grande partie de votre temps dans un univers virtuel, que vous y avez noué des liens avec des gens, c’est déjà plus pertinent. 

Si vous avez été accro à un jeu multijoueur proposant des achats in-app d’éléments cosmétiques, vous savez de quoi je parle. Sauf que là, vous pouvez disposer de votre skin ou votre équipement dans et en dehors du jeu. Personnellement, je vois ça comme un mélange entre des skins de Counter Strike Go et des cartes Pokémon.

Le métavers ne va rien réinventer par rapport à ce qui a pu se faire pendant l’ère Second Life ni même ce qui se fait actuellement sur VR Chat. Il s’agit de trouver de nouvelles façons de vivre les mêmes choses. On ne peut pas réinventer le concept de parler/rencontrer des gens, d’apprécier l’art, de créer de la fiction, d’apprécier l’art ou d’acheter des choses. Ce sont des comportements que nous avons toujours eu. Mais le but est de trouver de nouvelles façons, de nouveaux supports pour les expérimenter. 

  • Ce « Techtoker » allemand ne réinvente pas les tests de smarthones mais m’a réconcilié avec TikTok:

Conclusion

Vous n’avez pas besoin d’être un crypto bro. Vous n’avez pas besoin de devenir un milliardaire en vendant des pngs. Et vous n’avez certainement pas besoin qu’un morveux de 28 ans comme moi vous apprenne la vie.

Ce long billet d’humeur n’est pas censé vous faire changer d’avis sur quoi que ce soit. C’est juste une invitation à élargir NOS horizons. Pas pour vous éclairer de ma sagesse mais pour vous intriguer voire même à devenir moins ignorant moi-même grâce à vos commentaires sous cet article, par exemple.

Que ce soit dans la technosphère ou dans toute autre niche, le but est de débattre des choses, de débattre de choses nouvelles. Est-ce que c’est bien? Est-ce que c’est mauvais? Est-ce vraiment nouveau par rapport à ce qui se faisait précédemment? Oui, plus le temps passe, et moins on est enclin à remplir nos cerveaux de nouvelles informations à traiter. En 2021, le temps de cerveau disponible est littéralement de l’argent. 

Mais je me dis que si je cesse de faire cet investissement, cet investissement en temps, je risque de rester sur la touche. C’est en tout cas ce que je crains. Et peut-être que c’est encore une fois la FOMO qui parle. Mais j’ai déjà assez philosophé pour aujourd’hui.