Stop Killing Games, c’est un mouvement né en 2024 après que l’éditeur Ubisoft avait annoncé la fermeture des serveurs du jeu de course The Crew, rendant le jeu inutilisable pour les joueurs qui l’avaient pourtant payé plein pot. La même année, son fondateur, le vidéaste Ross Scott de la chaîne Youtube Accursed Farms, lançait cette fameuse pétition ou initiative citoyenne européenne. 

Attention, l’initiative européenne, ce n’est pas une pétition Change.org qui n’aura aucun effet concret. Non, c’est un mécanisme de participation politique permettant d’interpeler directement la Commission européenne et de lui demander de se saisir d’une problématique afin de légiférer dessus. Pour ce faire, il faut lancer une pétition, réunir au moins 1 million de signataires venant d’au moins sept pays membres. 

Une barre de progression montrant 1 114 399 signatures pour l
Le compteur de signatures au 4 juillet 2025 à 17h27. / © Stop Killing Games Source de l'image : Stop Killing Games

La folle remontada de Stop Killing Games

Jusqu’à très récemment, la pétition Stop Killing Games battait un peu de l’aile. Pendant plusieurs mois, le compteur de signatures stagnait autour de 400.000. Dans un de mes articles du 1er juillet 2025 mentionnant la pétition, je précisais qu’elle ne comptait « que » 714.196 signataires. La deadline pour atteindre le million est fixée au 31 juillet 2025. L’étau se resserrait autour de Stop Killing Games. 

Mais ces derniers jours, Stop Killing Games a bénéficié d’un regain d’intérêt soudain et a largement dépassé le million de signataires. Cet élan de soutien ne sort pas de nulle part. Dans la communauté gaming, Stop Killing Games a fait l’objet d’un véritable feuilleton, d’un drama Youtube. Pour faire très court, un autre Youtuber du nom de Pirate Software a s’inquiétait des potentielles contraintes que Stop Killing Games pourrait imposer aux studios de jeux indépendants. 

Selon lui, le fait de devoir maintenir un jeu en vie ad æternam poserait des contraintes financières et logistiques intenables pour les petits studios aux maigres moyens. Cet argument perçu comme étant fallacieux a causé une vive levée de boucliers de nombreux joueurs, braquant de nouveau les projecteurs sur Stop Killing Games.

Mais c’est la réponse du fondateur de SKG, Ross Scott lui-même, qui a parachevé ce coup de pub. Il y débunke l’argumentaire bancal de Pirate Software et en profite, une dernière fois, pour expliquer aux joueurs et joueuses l’enjeu crucial derrière son initiative. Comme quoi, la toxicité des drama d’internet peut avoir des effets vertueux.

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Le million, c’est bouclé et après? 

L’initiative Stop Killing Games a franchi le cap symbolique du million de signatures, seuil requis pour une prise en compte par la Commission européenne. Mais avant d’aller plus loin, toutes les signatures devront être vérifiées : certaines pourraient être invalides (erreurs, non-résidents, mineurs, etc.). C’est pourquoi Ross Scott vise 1,4 million de soutiens d’ici le 31 juillet 2025, pour anticiper les rejets.

Une fois la collecte close, le mouvement aura 3 mois pour transmettre les signatures, triées par nationalité, aux autorités compétentes des États membres. Celles-ci auront ensuite 3 mois pour certifier leur validité.

Une fois le dernier certificat obtenu, Stop Killing Games disposera de 3 mois pour soumettre l’initiative à la Commission, accompagnée d’un rapport sur le soutien et le financement reçus.

À partir de là, un compte à rebours de six mois s’enclenche:

  • au bout d’un mois: rencontre avec la Commission
  • au bout de trois mois: audition publique au Parlement européen
  • à la fin des six mois: réponse officielle de la Commission (loi, autre action… ou aucune)

Si la Commission juge l’initiative recevable, un processus législatif classique pourrait être lancé. Mais ce n’est en aucun cas garanti.

Sur son site officiel, la Commission rappelle qu’elle n’est pas tenue de proposer un acte législatif en réponse à une telle initiative. Elle peut décider d’autres types de suivi, par exemple des actions non législatives ou la mise en œuvre de la législation existante. Quelle que soit la décision prise par la Commission en réponse aux demandes d’une initiative, elle en expliquera clairement les raisons.

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Et ça, Stop Killing Games l’a bien compris et surtout prévu. Dans la FAQ sur son site officiel, il est expliqué que « la formulation de l’Initiative citoyenne européenne est très intentionnelle et est destinée à résoudre le problème de la destruction des jeux vidéo, tout en restant suffisamment flexible pour donner aux éditeurs et développeurs autant de liberté que possible. […] Non seulement les spécificités peuvent être ignorées par la Commission européenne, mais plus elles sont nombreuses, plus elles peuvent détourner l’attention du problème principal, qui est celui des jeux vidéo vendus intentionnellement détruits. »

Ne reste plus qu’à voir si cette stratégie du minimum efficace aboutira ou si l’Europe bottera en touche sous prétexte de détails techniques mal cadrés.